ALORS
"Alors je prends mon stylo pour dire que je l'aime, qu'elle a les plus longs cheveux du monde et que ma vie s'y noit, et si tu trouves ça ridicule pauvre de toi, ses yeux sont pour moi, elle est moi, je suis elle, et quand elle crie je crie aussi et tout ce que je ferai jamais sera pour elle, toujours, toujours je lui donnerai tout et jusqu'à ma mort il n'y aura pas un matin où je me lèverai pour autre chose que pour elle et
lui donner envie de m'aimer et
embrasser encore et encore ses poignets, ses épaules, ses seins et alors je me suis rendu compte que quand on est amoureux on écrit des phrases qui n'ont pas de fin, on n'a plus le temps de mettre des points, il faut continuer à écrire, écrire, courir plus loin que son coeur, et la phrase ne veut pas s'arrêter, l'amour n'a pas de ponctuation, et
des larmes de passion dégoulinent, quand on aime on finit toujours par écrire des choses interminables ..."
Alice est venue, Alice a quitté Antoine, elle est partie enfin, enfin, et nous nous sommes envolés, mentalement et physiquement, nous avons pris le premier avion pour Rome, bien sûr, où d'autre aller, Hôtel d'Angleterre, Piazza Novona, Fontaine de Trevi, voeux éternels, balades en Vespa, quand nous avons demandé des casques le loueur de scooters a tout compris il a répondu il fait trop chaud,
amour, amour ininterrompu, trois, quatre, cinq fois par jour, mal à la b... , jamais vous n'avez autant joui, tout recommence vous n'êtes plus seuls, le ciel est rose, sans toi je n'étais rien,
enfin je respire, nous marchons au-dessus des pavés, quelques centimètres plus haut que la sol, personne ne le voit sauf nous, nous sommes sur coussins d'air, nous sourions sans raison aux Romains qui nous prennent pour des mongoliens, des membres d'une secte,
la secte de ceux qui sourient en Lévitation, tout est devenu si facile maintenant ..."
"C'est comme si, comme si on avait quitté la nuit pour entrer dans une lumière éblouissante, comme
une montée d'ecstasy qui ne s'arrêterait jamais, comme un mal de ventre qui disparaît, comme la première bouffée d'air que tu inspires après t'être retenu de respirer sous l'eau,
comme une réponse unique à toutes les questions, les journées passent comme des minutes, on oublie tout, on naît à chaque seconde, on ne pense à rien de laid,
on est dans un présent perpétuel, sensuel, sexuel, adorable, invincible, rien ne peut nous atteindre ..."
"Oh
nous sommes effroyablement heureux, tu montes dans la chambre, attends-moi dans le hall, je reviens tout de suite, et quand tu as pris l'ascenseur j'ai grimpé par l'escalier quatre à quatre, en sortant de l'ascenseur c'est moi qui t'ai ouvert le porte,oh nous avions les larmes aux yeux d'avoir été séparés trois minutes, lorsque tu as croqué dans une pêche bien mûre le jus de fruit dégoulinait sur tes cuisses bronzées
oh putain j'ai envie de toi tout le temps, encore et encore ... oh Marc, oh Alice, j'ai un orgasme, c'est looong, c'est fooort, on n'a visité aucun monument de cette ville, ça y est elle est prise d'un fou rire, qu'est-ce que j'ai dit pour que tu ries comme ça c'est nerveux, j'ai joui si fort je t'adore,
mon amour,
quel jour sommes-nous ?"
P. 165 à 168
F. Beigbeder